Table des Matières
- 1.Introduction à la Forensique Numérique Assistée par IA
- 2.Collecte Automatisée et Préservation des Preuves
- 3.Reconstruction de Timeline par IA à partir des Logs
- 4.Analyse de Malware avec LLM
- 5.Analyse d'Attribution
- 6.Génération Automatique de Rapports
- 7.Outils (Autopsy, PLASO, Volatility + IA)
- 8.Considérations sur la Chaîne de Custody
1 Introduction à la Forensique Numérique Assistée par IA
La forensique numérique post-incident est la discipline qui consiste à collecter, préserver, analyser et présenter des preuves numériques après une cyberattaque ou un incident de sécurité. Dans un contexte où les attaques deviennent plus sophistiquées, s'étendent sur de longues périodes, et laissent des traces réparties sur des dizaines ou centaines de systèmes, les approches forensiques traditionnelles — majoritairement manuelles — peinent à suivre le rythme. Un analyste forensique expérimenté peut traiter 2 à 5 images disques par jour ; un incident impliquant 50 machines peut donc nécessiter deux semaines de travail intensif avant même d'obtenir une vision cohérente de ce qui s'est passé. Cette lenteur est problématique : chaque heure de délai est une heure supplémentaire pendant laquelle l'attaquant peut continuer à opérer, effacer des traces, ou exfiltrer des données.
L'IA appliquée à la forensique numérique transforme radicalement ce processus selon trois axes principaux. Premièrement, l'automatisation de la collecte et du triage : des agents IA orchestrent la collecte d'artefacts forensiques sur des dizaines de machines simultanément, priorisent les sources de preuves les plus pertinentes, et filtrent les millions d'événements pour ne conserver que ceux qui présentent une valeur forensique potentielle. Deuxièmement, l'analyse et la corrélation : des modèles de langage (LLM) et des modèles de séquences (LSTM, Transformer) analysent les logs, les artefacts mémoire et les métadonnées de fichiers pour reconstituer automatiquement la timeline de l'attaque et identifier les techniques MITRE ATT&CK employées. Troisièmement, la génération de livrables : des LLM produisent des rapports forensiques structurés en quelques minutes, réduisant le travail de rédaction de plusieurs jours à quelques heures de révision et validation.
En 2026, le marché des plateformes forensiques assistées par IA connaît une croissance annuelle de 28 %, porté par l'explosion des incidents cyber et la pénurie d'analystes forensiques expérimentés. Des plateformes comme Cado Security, Exterro AI, Nuix ou Magnet AI intègrent des capacités IA avancées pour automatiser tout ou partie du workflow forensique. Ces outils ne remplacent pas l'expertise humaine — la validation des hypothèses, le jugement sur la pertinence légale des preuves, et le témoignage en justice restent des prérogatives humaines — mais ils démultiplient la productivité des équipes et réduisent le délai d'obtention d'une image initiale de l'incident de plusieurs jours à quelques heures.
Impact mesuré : Les organisations utilisant des plateformes forensiques assistées par IA réduisent leur Mean Time to Understand (MTTU) — le temps pour comprendre complètement un incident — de 72 heures en moyenne à 8-12 heures, soit une réduction de 75-83 %, selon les études menées par SANS Institute et Gartner en 2025.
2 Collecte Automatisée et Préservation des Preuves
La collecte forensique traditionnelle suit un ordre rigoureux de préservation : collecter d'abord les données les plus volatiles (mémoire RAM, connexions réseau actives, processus en cours) avant celles qui persistent (registre Windows, logs d'événements, système de fichiers, disque complet). Cette ordonnance, standardisée dans des guides comme le RFC 3227 ou le NIST SP 800-86, doit être respectée sous peine de perdre des preuves critiques ou de les contaminer. L'IA automatise cette séquence de collecte via des agents forensiques légers (GRR Rapid Response, Velociraptor, KAPE) déployables en masse sur des parcs d'endpoints, qui collectent les artefacts dans le bon ordre, calculent leurs hashs cryptographiques pour garantir l'intégrité, et les transmettent chiffrés vers un point de collecte centralisé.
Le triage intelligent est la contribution la plus immédiate de l'IA à la phase de collecte : avec des millions d'artefacts potentiels sur un parc de 1000 machines, il est impossible de tout analyser manuellement. Des modèles de classification entraînés sur des bases de cas d'incidents passés scorent automatiquement la pertinence forensique de chaque artefact — un fichier exécutable apparu dans %TEMP% la veille de l'incident aura un score élevé ; un fichier système immuable daté de 5 ans aura un score faible. Ce scoring permet de prioriser l'analyse sur les 5 à 10 % d'artefacts les plus pertinents, réduisant le volume à traiter de 90 à 95 % sans perte significative d'information forensique.
La corrélation croisée automatisée entre les artefacts de différentes machines est une capacité qui dépasse les possibilités humaines dans les incidents de grande envergure. Un LLM peut analyser simultanément les logs d'événements Windows de 100 machines, identifier que le même hash d'exécutable malveillant apparaît sur 37 d'entre elles avec des timestamps de propagation cohérents avec une latéralisation par WMI, et que les 37 machines communiquent avec le même hôte externe 6 heures après la première infection. Cette corrélation, qui prendrait plusieurs jours à un analyste, est produite en quelques minutes et constitue le premier élément de la reconstruction de timeline.
3 Reconstruction de Timeline par IA à partir des Logs
La reconstruction de la timeline d'une attaque — établir l'ordre chronologique précis des actions de l'attaquant depuis la compromission initiale jusqu'à la détection — est l'une des tâches les plus complexes et les plus critiques de l'investigation forensique. Elle nécessite d'agréger des événements provenant de sources hétérogènes (logs Windows Event Log, Sysmon, logs firewall, logs Active Directory, logs applicatifs, artefacts NTFS, etc.) avec des timestamps potentiellement désynchronisés (fuseau horaire, dérive NTP, manipulation délibérée), et d'extraire un récit cohérent de l'attaque. Un LLM comme Claude Opus 4.6 ou GPT-4 Turbo, alimenté avec des événements corrélés et contextualisés, peut accomplir cette reconstruction narrative en quelques minutes.
L'outil PLASO (log2timeline), le standard open-source de super-timeline forensique, génère des fichiers CSV contenant des millions d'événements horodatés provenant de dizaines de sources (NTFS $MFT, Windows Registry, préfetch, LNK files, shellbags, browser history, Windows Event Log). L'intégration IA avec PLASO consiste à passer ces événements filtrés et scored dans un pipeline LLM qui : (1) identifie les événements correspondant à des TTPs MITRE ATT&CK connus, (2) regroupe les événements par phases d'attaque (Initial Access, Persistence, Privilege Escalation, Defense Evasion, Discovery, Lateral Movement, Collection, Exfiltration), (3) reconstitue un narratif chronologique lisible en langage naturel, et (4) identifie les gaps (périodes sans événements visibles) qui pourraient indiquer des effacement de traces.
L'analyse des anomalies temporelles par IA est particulièrement précieuse pour détecter les manipulations de timestamps, technique couramment utilisée par les attaquants sophistiqués pour brouiller la timeline. Des modèles entraînés sur des milliers de timelines d'incidents réels peuvent détecter des patterns impossibles (un fichier modifié avant sa création, des horodatages en cluster trop réguliers pour être naturels) ou improbables (un administrateur connecté à 3h du matin dans un contexte habituel de 9h-18h). Ces anomalies temporelles constituent des IoC (Indicators of Compromise) supplémentaires et des points d'intérêt prioritaires pour l'analyse approfondie.
Pipeline forensique complet assisté par IA : collecte, analyse, rapport et chaîne de custody
4 Analyse de Malware avec LLM
L'analyse de malware est traditionnellement divisée en deux approches complémentaires : l'analyse statique (examen du code sans exécution — désassemblage, décompilation, analyse des chaînes de caractères, des imports, des entêtes PE) et l'analyse dynamique (exécution en sandbox pour observer le comportement réel). Les deux approches ont leurs limites : l'analyse statique est contournée par l'obfuscation, le packing et l'anti-reverse engineering ; l'analyse dynamique est contournée par les techniques anti-sandbox (détection d'environnement virtuel, déclencheurs temporels, triggers conditionnels). Les LLM appliqués à l'analyse de malware apportent une troisième dimension : la compréhension sémantique du code, capable de dépasser les obstacles de l'obfuscation pour extraire l'intention fonctionnelle.
Des outils comme MalGPT, WormGPT Defender (usage défensif), ou les intégrations LLM dans IDA Pro et Ghidra permettent de soumettre du code désassemblé ou décompilé (en C, pseudocode ou assembleur) à un LLM qui produit une explication en langage naturel : "Ce bloc de code énumère les processus en cours, vérifie si l'un d'eux correspond à une liste hardcodée de processus d'analyse (Process Monitor, Wireshark, x64dbg), et termine l'exécution si un tel processus est détecté — il s'agit d'une technique anti-analyse typique." Cette explication accélère considérablement la compréhension des analystes, en particulier pour du code fortement obfusqué ou pour des analystes moins expérimentés.
La combinaison LLM + analyse de comportement sandbox produit les résultats les plus complets. Des plateformes comme Any.run avec assistance IA, Joe Sandbox AI Report, ou Hybrid Analysis avec GPT fournissent des rapports d'analyse qui intègrent les sorties de la sandbox (appels système, modifications de registre, communications réseau, fichiers créés) avec une analyse sémantique LLM qui relie ces comportements à des familles de malware connues, des groupes d'attaquants, et des techniques MITRE ATT&CK. L'analyste reçoit en quelques minutes un rapport structuré qui lui aurait demandé plusieurs heures, lui permettant de concentrer son expertise sur la validation des hypothèses et l'investigation des aspects les plus complexes.
# Assistant forensique IA pour analyse de malware et reconstruction d'incident
# Illustre l'utilisation d'un LLM pour la phase d'analyse forensique
import anthropic
import json
from pathlib import Path
class ForensicAIAssistant:
"""
Assistant IA pour l'analyse forensique post-incident.
Analyse les artefacts collectés et produit une timeline narrative.
"""
FORENSIC_SYSTEM_PROMPT = """
Tu es un expert forensique numérique senior. Analyse les artefacts fournis
et produis:
1. Une timeline chronologique des événements suspects
2. Un mapping avec les techniques MITRE ATT&CK correspondantes
3. Une évaluation de la criticité (données potentiellement exfiltrées,
systèmes compromis)
4. Des hypothèses d'attribution basées sur les TTPs observés
5. Les IoC (hashes, IPs, domaines, chemins de fichiers) à bloquer immédiatement
Sois factuel et précis. Indique clairement les certitudes vs les hypothèses.
Format de sortie: JSON structuré + résumé narrative en français.
"""
def __init__(self, api_key: str):
self.client = anthropic.Anthropic(api_key=api_key)
def analyze_artifact_batch(self, artifacts: dict) -> dict:
"""
Analyse un batch d'artefacts forensiques et retourne une analyse structurée.
Args:
artifacts: dict contenant les artefacts (logs, hashes, registry keys, etc.)
"""
# Formatage des artefacts pour le prompt
artifact_text = json.dumps(artifacts, indent=2, ensure_ascii=False)
prompt = f"""
ARTEFACTS FORENSIQUES À ANALYSER:
{artifact_text}
Produis une analyse forensique complète selon le format demandé.
Identifie les patterns d'attaque et mappe les techniques MITRE ATT&CK.
"""
response = self.client.messages.create(
model="claude-sonnet-4-5-20250929",
max_tokens=4096,
system=self.FORENSIC_SYSTEM_PROMPT,
messages=[{"role": "user", "content": prompt}]
)
return {
"raw_analysis": response.content[0].text,
"token_usage": response.usage.input_tokens + response.usage.output_tokens,
"artifacts_analyzed": len(artifacts)
}
def generate_incident_report(self, analysis_results: list, incident_id: str) -> str:
"""
Génère un rapport d'incident structuré à partir des analyses.
Args:
analysis_results: Liste des analyses par batch d'artefacts
incident_id: Identifiant de l'incident
"""
combined_analysis = "\n\n---\n\n".join(
[r["raw_analysis"] for r in analysis_results]
)
report_prompt = f"""
INCIDENT ID: {incident_id}
ANALYSES FORENSIQUES:
{combined_analysis}
Génère un rapport d'incident forensique complet incluant:
- Résumé exécutif (max 300 mots, non-technique)
- Chronologie détaillée de l'attaque
- Systèmes et données affectés
- Techniques ATT&CK utilisées (avec IDs)
- IoC pour blocage immédiat
- Recommandations de remédiation priorisées
- Évaluation de l'attribution (avec niveau de confiance)
Avertissement: chaque conclusion doit indiquer le niveau de confiance
(HAUTE/MOYENNE/FAIBLE) et la source des preuves.
"""
report_response = self.client.messages.create(
model="claude-sonnet-4-5-20250929",
max_tokens=8192,
messages=[{"role": "user", "content": report_prompt}]
)
return report_response.content[0].text
# Utilisation:
# assistant = ForensicAIAssistant(api_key="...")
# artifacts = {
# "suspicious_processes": ["powershell.exe -enc BASE64...", "cmd.exe /c whoami"],
# "registry_modifications": ["HKLM\\Software\\Microsoft\\Windows\\CurrentVersion\\Run"],
# "network_connections": [{"dst": "185.220.101.45", "port": 4444, "protocol": "TCP"}],
# "file_hashes": {"malware.exe": "sha256:a1b2c3..."},
# }
# analysis = assistant.analyze_artifact_batch(artifacts)
# print(analysis["raw_analysis"])
5 Analyse d'Attribution
L'attribution d'une cyberattaque — identifier l'acteur responsable avec un niveau de confiance suffisant — est l'une des tâches les plus complexes de la forensique numérique et de la cyber threat intelligence. Elle repose sur la comparaison des TTPs observés pendant l'incident avec les profiles comportementaux connus des groupes d'attaquants (APT groups) répertoriés dans des bases comme MITRE ATT&CK Groups, Mandiant APT Profiles, ou les rapports CrowdStrike Adversary Intelligence. L'IA accélère cette comparaison en transformant les TTPs observés en vecteurs numériques et en calculant des similarités avec les profils connus de milliers de groupes d'attaquants.
Les modèles d'attribution IA analysent plusieurs couches de preuves : les indicateurs techniques (hashes de malware connus, infrastructure C2 réutilisée, techniques de déploiement caractéristiques), les indicateurs comportementaux (heures d'activité cohérentes avec un fuseau horaire, langues détectées dans les artefacts, ciblage sectoriel), et les indicateurs opérationnels (erreurs de sécurité opérationnelle, réutilisation d'outils entre campagnes, délais d'opération caractéristiques). Des LLM fine-tunés sur des bases de rapports d'attribution publics (APT29, APT41, Lazarus Group, FIN7...) peuvent identifier des correspondances subtiles avec des groupes connus, produire un score de confiance pondéré, et lister les preuves supportant et contredisant chaque hypothèse d'attribution.
L'attribution IA doit être traitée avec prudence dans les contextes légaux et diplomatiques. Les faux flags — techniques délibérées par lesquelles un attaquant sophistiqué imite les TTPs d'un autre groupe pour induire une mauvaise attribution — sont de plus en plus sophistiqués. Des modèles adversariaux peuvent même être utilisés pour générer des artefacts falsifiés qui trompent les systèmes d'attribution IA. Pour ces raisons, les conclusions d'attribution IA doivent toujours être validées par des analystes humains expérimentés, confrontées à plusieurs sources de renseignement indépendantes, et présentées avec des niveaux de confiance explicites (HAUTE/MOYENNE/FAIBLE/INSUFFISANT) plutôt que comme des certitudes.
6 Génération Automatique de Rapports
La rédaction de rapports forensiques est une tâche chronophage qui peut représenter 30 à 40 % du temps d'une investigation. Un rapport forensique complet doit satisfaire plusieurs audiences simultanément : les équipes techniques (qui ont besoin des détails techniques exhaustifs pour la remédiation), le management (qui a besoin d'un executive summary compréhensible sans jargon technique), le service juridique (qui a besoin d'une documentation précise de la chaîne de preuves pour d'éventuelles poursuites), et les assureurs (qui ont besoin d'une évaluation des dommages et des lacunes de contrôle). Produire ces quatre versions manuellement pour chaque incident est un effort considérable.
Les LLM transforment ce processus en génération multi-format à partir d'une source unique : l'analyste forensique fournit une structure de données enrichie (timeline d'événements, TTPs identifiés, systèmes affectés, IoC, hypothèses d'attribution) et le LLM génère automatiquement les différentes versions du rapport, calibrant le niveau technique et le vocabulaire selon l'audience cible. La version technique inclut les hashes de tous les artefacts, les requêtes de corrélation, les résultats bruts de PLASO et de Volatility ; la version executive présente les faits essentiels (qui, quoi, quand, données exposées, impact business) en langage non-technique ; la version juridique suit les templates de documentation reconnus (ACPO Good Practice Guide, ISO/IEC 27037).
La standardisation des rapports IA via des formats comme STIX 2.1 (Structured Threat Information eXpression) et TAXII (Trusted Automated eXchange of Intelligence Information) facilite le partage de threat intelligence entre organisations. Un rapport généré par IA peut simultanément produire un fichier STIX 2.1 structuré contenant tous les IoC, TTPs, et relations entre entités, prêt à être importé dans les plateformes de threat intelligence comme MISP, OpenCTI ou Anomali. Ce partage automatisé accélère la dissémination des indicateurs de compromission au sein de la communauté de sécurité, permettant à d'autres organisations de se défendre contre des attaquants similaires.
7 Outils (Autopsy, PLASO, Volatility + IA)
Autopsy (The Sleuth Kit) est l'une des plateformes forensiques open-source les plus utilisées, récemment enrichie de modules IA. Son module ML Classifier utilise des modèles entraînés pour identifier automatiquement le contenu des fichiers suspects (malware, données sensibles, fichiers cachés), scorer les artefacts par pertinence forensique, et suggérer des pistes d'investigation. L'intégration LLM récente (via plugin) permet de décrire en langage naturel ce que l'on cherche ("afficher tous les fichiers créés dans le profil utilisateur dans les 48h avant l'incident") et de convertir ces requêtes en filtres forensiques précis. Autopsy intègre également des connecteurs vers VirusTotal, MalShare et d'autres sources de threat intelligence pour enrichir automatiquement les hash lookups.
PLASO (log2timeline), développé par Kristinn Gudjonsson, est le standard de facto pour la création de super-timelines forensiques. Il analyse plus de 200 formats de sources (Windows Event Log, NTFS, macOS unified logging, Linux syslog, browser databases, mobile device databases) et produit un fichier CSV ou une base de données Elasticsearch avec tous les événements horodatés. L'intégration IA avec PLASO passe par Timesketch, la plateforme d'analyse collaborative qui inclut désormais des fonctionnalités ML : détection de clusters d'événements anormaux, clustering de sessions utilisateurs, et intégration avec des LLM pour la requête en langage naturel et la narration automatique des séquences d'événements.
Volatility Framework, l'outil de référence pour l'analyse de dumps mémoire, intègre depuis la version 3 des capacités IA via des plugins communautaires et des intégrations LLM. L'analyse d'un dump mémoire de 16 Go peut maintenant être orchestrée par un pipeline IA : exécution automatique d'une suite de plugins (pslist, dlllist, netscan, malfind, cmdline, pstree), extraction des artefacts suspects, hash lookup automatique, et soumission au LLM pour une interprétation contextuelle. Le plugin Volatelligence (community) connecte Volatility à des LLM pour produire une narration automatique des processus suspects, des connexions réseau anormales et des injections de code détectées dans la mémoire.
8 Considérations sur la Chaîne de Custody
La chaîne de custody (chain of custody) est le registre documentaire ininterrompu qui prouve que des preuves numériques n'ont pas été altérées depuis leur collecte jusqu'à leur présentation en justice. Dans le contexte de la forensique assistée par IA, maintenir cette chaîne impose des exigences supplémentaires par rapport à la forensique traditionnelle. Toute action effectuée par un système IA sur des preuves numériques doit être journalisée avec une granularité suffisante pour être auditée : quel modèle a analysé quelles données, avec quels paramètres, à quel moment, et avec quels résultats. Cette traçabilité de l'IA est d'autant plus importante que les LLM sont des "boîtes noires" dont les décisions peuvent être difficiles à expliquer en contexte judiciaire.
Des mécanismes technologiques renforcent la chaîne de custody dans les systèmes forensiques IA. La blockchain d'evidence (registre distribué immuable) enregistre le hash de chaque artefact collecté et de chaque rapport produit avec un horodatage certifié (RFC 3161), créant une preuve cryptographique d'intégrité impossible à falsifier. Les signatures numériques des rapports IA (via certificats qualifiés eIDAS) lient chaque rapport à son auteur humain (l'analyste validant le rapport généré par IA) et à la version du modèle IA utilisée. Ces mécanismes permettent de répondre aux objections défensives lors de procédures judiciaires : "prouvez que les preuves n'ont pas été altérées" et "prouvez que le rapport reflète fidèlement les artefacts collectés".
La validation humaine obligatoire reste le principe central de toute forensique IA admissible en justice. Les LLM peuvent produire des hallucinations — des informations plausibles mais fausses — qui, si elles sont intégrées sans vérification dans un rapport forensique présenté en justice, pourraient compromettre une procédure entière. Les bonnes pratiques exigent que chaque conclusion IA soit vérifiée par un analyste humain certifié (GIAC GCFE, EnCE, CFCE) avant d'être incluse dans un rapport officiel, que les niveaux de confiance IA soient explicitement mentionnés, et que les sources primaires (artefacts bruts) soient toujours accessibles pour contre-expertise. L'IA est un assistant puissant de la forensique, mais la responsabilité légale et professionnelle reste entièrement celle de l'analyste humain.
Conclusion : La forensique numérique assistée par IA réduit le MTTU de 75-83 % tout en améliorant la couverture d'analyse. La combinaison PLASO + LLM pour la timeline, Volatility + IA pour l'analyse mémoire, Autopsy + ML pour le triage, et les LLM pour la génération de rapports multi-formats constitue l'état de l'art en 2026. La chaîne de custody et la validation humaine systématique garantissent l'admissibilité judiciaire dans ce contexte d'automatisation croissante.
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